Paul Guion (1881-1972)

un  impressionniste oublié

 

                                          Pourquoi ce site?


  Ce site a été crée dans l’intention de faire connaître l’œuvre de Paul Guion, également dans le dessein de promouvoir un projet éditorial par souscription. Vous donner donc à vous, internautes, l’envie ou le désir d’y souscrire et de le faire savoir à vos amis et connaissances.

  Comment un peintre peut-il accéder à la notoriété ou à l’oubli ?  Le talent, voire le génie n’est qu’une des composantes de ces deux possibles destinées. Il y en a d’autres.

Pour Paul Guion se fut d’abord sa personnalité et son caractère : plutôt misanthrope il fuyait toute forme de mondanité. Impensable pour lui d’envisager la moindre exposition. Exposition dans les deux sens du terme : exposer ses œuvres et s’exposer par leur intermédiaire au regard d’autrui. Plus encore et comme beaucoup de créateurs, Paul Guion peignait pour lui-même, pour son propre plaisir, sa propre passion pourrait-on dire. La dernière phase du processus de création (la séparation) ne lui était pas ou peu assumable. Peu assumable car il lui arrivait tout de même de donner quelques unes de ses œuvres à ses proches. Son œuvre est donc restée et pour l’essentiel au sein de sa propre famille.

On sait pourtant que tout désir, toute disposition d’esprit va de pair avec le refoulement de son contraire. Un refoulement toujours prêt à faire retour.

Se faire connaître ou ne pas se faire connaître.

Ainsi sur la fin de sa vie (il avait alors plus de 80 ans) au début des années 60, Paul Guion organisa chez lui, à Boissy-l’Aillerie, une exposition. Dans la rue il avait affiché un panneau fléché de sa confection : « Exposition Paul Guion - Entrée libre ».

  Boissy-l’Aillerie en ce début des années 60 n’était pas le haut lieu culturel qu’il est actuellement devenu. Habité pour l’essentiel d’ouvriers agricoles ou de fonctionnaires, le public ne fut pas au rendez-vous. Ce fut pour Paul Guion une grande déception.

Que dire de cette expo ?  La totalité de son œuvre était entassée dans une pièce de vingt mètres carrés. Des centaines de tableaux, huiles, dessins, pastels accrochés aux murs les uns à côté des autres ou mis à la disposition du public dans des  présentoirs improvisés. L’ensemble donnait une impression de fatras. Impossible de distinguer au premier abord le chef d’œuvre de l’étude sans grand intérêt tant l’effet d’étouffement y était grand.

C’est donc en pensant à cette touchante et dérisoire tentative d’exposition que nous avons élaboré ce site.

 Mission transgénérationnelle tout d’abord, consistant à nous mettre au service de cette composante longtemps refoulée et inconsciente de la psyché de Paul Guion, si maladroitement mise en scène par lui : sa quête de reconnaissance. Ajoutons tout de même qu’avec le recul du temps et la longue fréquentation de son œuvre, qu’il s’agissait là, et il s’agit encore actuellement d’une quête de reconnaissance hautement justifiée.

Mais aussi mission muséographique (musée virtuel comme seul peut le permettre l’internet) : remettre un peu d’ordre dans l’œuvre de notre grand père, en définir les différentes périodes, sélectionner les œuvres les plus marquantes, les présenter isolement sur fond noir comme il sied à des objets précieux, en dégager l’originalité et l’évolution du style.

Paul Guion  (1881- 1972)

    Sa vie et son œuvre 

   Paul Guion qui fut à la fois un architecte de talent et un peintre impressionniste  oublié voire méconnu, vécut à Alger la plus grande partie de son existence (de 1900 à 1952). Il nous a laissé (à sa famille comme à la postérité) un ensemble de tableaux, dessins et pastels de très grande qualité  dont beaucoup se réfèrent à l’Algérie.

   Méconnu du grand public (en tant que peintre), il était par contre très reconnu de ses pairs et en particulier de Léon Cauvy et d’Antoine Gadan (peintres algérois renommés de la première partie du XXème siècle) qui étaient de ses amis.

  Paul Guion n’a jamais rien tenté pour se faire connaître dans le monde de l’art et des expositions. Ses œuvres qui étaient pour lui autant de traces mémorielles et affectives des moments heureux et ressourçant qu’il pouvait vivre au contact de la nature ou même de certains paysages urbains (la Casbah d’Alger notamment). L’idée même de les exposer ou de les vendre lui était quasiment étrangère.  Ce n’est que très récemment qu’un album de ses dessins réalisés en 1939 et 40 sur la Casbah d’Alger (éditions Publisud, 2004) a pu voir le jour.

  Paul Guion était de son métier un architecte des plus actifs. Il réalisa à Alger et dans la période de l’entre deux guerres un nombre considérable d’immeubles, de villas et de bâtiments dont  le Musée d’Art Moderne d’Alger.

   Né à Guelma (Algérie), fils de pasteur, il prit très vite quelques distances à l’égard de la religion, tout en gardant de cette ascendance une certaine austérité et une rigueur morale qui a beaucoup marqué son mode d’être au monde.

C’est à Dellys (aux environs d’Alger) à l’école des Ponts et Chaussées qu’il termina ses études. En 1904, après ses obligations militaires, il est embauché comme dessinateur dans le cabinet d’architecte de son futur beau-père Paul Régnier. C’est donc « sur le tas » qu’il apprit son métier d’architecte, avec l’aide et les enseignements de son patron, lui-même ancien élève de l’Ecole Centrale et (détail qui n’est pas anodin) gendre du célèbre géographe et philosophe anarchiste Elisée Reclus.

En 1910 Paul Guion épouse Aline, la fille de son patron.

En 1914, alors qu’il a deux enfants, il est mobilisé comme artilleur sur le front des Vosges. Ses talents de dessinateur ayant été remarqués, il est affecté au poste d’observateur. Observer et dessiner à partir d’une casemate camouflée les mouvements des troupes et des canons ennemis.

   De cette époque, Paul Guion nous a laissés de nombreux et admirables dessins de guerre et un journal, qui et aussi un témoignage précieux aussi bien sur la vie au front qu’à l’arrière.

Démobilisé en 1919, il prend assez vite la succession de son beau père, s’initie aux nouvelles techniques du béton armé. Les contrats affluent, le cabinet Régnier- Guion qu’il est maintenant seul à diriger devient un des plus importants d’Alger. Devenu un architecte très sollicité, il construit sur les hauteurs d’Alger (au Télemly) une superbe villa pour y accueillir sa famille. Paul Guion y mène une vie d’ascète. Levé à cinq heures du matin, il  prépare sa journée de travail puis le petit déjeuner de sa famille et se rend à pied à son bureau. Directives données à ses dessinateurs et collaborateurs, réception des clients, examens de différents problèmes techniques. L’après midi, après un aller retour à son domicile pour le déjeuner, visite et examen des chantiers. Cette intense activité professionnelle n’a pourtant jamais étouffé sa passion pour la peinture à laquelle il consacre tous ses temps libres et ceux qu’il arrive à libérer. Peindre, est pour lui une sorte de nécessité vitale, passion mais aussi ressourcement.

  Paul Guion traverse aussi des épreuves dramatiques. La guerre, des drames personnels ont une incidence profonde sur son œuvre. Il délaisse la peinture à l’huile au profit du pastel, opte pour les lumières douces et immanentes. Son œuvre gagne en grâce et en légèreté.

En 1952, Paul Guion, qui a pris sa retraite une dizaine d’années plus tôt, s’installe en région parisienne. A Boissy-l’Aillerie plus précisément, à quelques kilomètres d’Auvers et de Pontoise. L’endroit possède encore l’âme, les qualités vibratoires et lumineuses qui enchantèrent auparavant Pissarro et Van Gogh. Promeneur infatigable Paul Guion arpente collines, vallons et marais et pastellise « sur le motif » d’admirables compositions. Dernière partie de son œuvre.


  L’œuvre de Paul Guion peut être plus ou moins arbitrairement considérée à travers quatre périodes :

- 1895-1914,

- 1914-1918,

- 1919-1945,

- 1945-1962.

Telles est l’option que nous avons choisie pour présenter ici un choix de ses œuvres les plus significatives.